La pandémie a mélangé les cartes et certaines options, qui n’étaient jusqu’alors que peu intéressantes, reviennent en force. Il en est ainsi du remboursement de l’hypothèque.

Avant la COVID-19, nombre de placements à revenu fixe pouvaient se révéler intéressants pour les retraités en quête de placements sûrs, note le site Morningstar. Sauf que depuis, les banques centrales ont réduit leurs taux à court terme à près de zéro pour aider l’économie à supporter le choc économique créé par la pandémie, ce qui a fait dégringoler les taux des certificats de dépôt et des fonds obligataires de qualité supérieure.

Il devient donc intéressant pour certains de vos clients d’évaluer l’option de rembourser leur hypothèque. Il pourrait ainsi être plus judicieux de rembourser une dette hypothécaire domiciliaire coûtant de 3 à 4 % que de prendre des placements qui ne rapportent presque rien.

Toutefois, avant de penser à rembourser l’hypothèque, assurez-vous que vos clients retraités n’aient pas d’autres dettes à des taux plus élevés, incluant des soldes sur des cartes de crédit. Certains retraités traînent en effet ce type de dettes, selon les recherches de Jason Fitchner, maître de conférence à l’institut Nitze d’études internationales avancées de l’Université Johns Hopkins.

S’ils n’ont aucune dette autre que leur hypothèque, mais qu’ils répugnent à puiser dans leur réserve de liquidité, proposez-leur simplement d’en accélérer le remboursement. Considérant que la pandémie a sûrement eu un impact à la baisse sur leurs dépenses en général, ils pourraient ainsi disposer d’un surplus de liquidité.

Certains peuvent également se montrer réticents à verser davantage d’argent dans leur maison pendant une crise financière, dans la mesure où cette dernière pourrait avoir un impact sur la valeur de leur bien immobilier. Toutefois, il ne s’agit pas d’argument valable, estime Allan Roth, planificateur financier agréé et patron de Wealth Logic, à Colorado Springs.

L’expert est d’avis que la valeur de la maison ne découle pas de celle de son hypothèque. Le fait de rembourser une hypothèque n’aura aucun impact sur le prix auquel cette maison pourrait être vendue.

Allan Roth estime également qu’une hypothèque fausse la répartition d’actifs d’un portefeuille. Il prend l’exemple d’un portefeuille équilibré de 1,2 million de dollars (M$). Si le client a une hypothèque de 200 000 $, il calcule qu’en réalité, son portefeuille net est de 1 M$ et est affecté à 60 % d’actions et 40 % d’obligations.

D’autres sont plutôt d’avis qu’il est préférable d’investir de l’argent pour gagner des rendements supplémentaires plutôt que de rembourser une hypothèque à faible taux. Morningstar considère toutefois que cela équivaut à puiser dans le portefeuille de votre client.

« Puisque les taux d’intérêt hypothécaires sont souvent une forme d’emprunt à peu de frais, les ménages peuvent puiser dans leur portefeuille en arbitrant la différence entre le coût d’un emprunt et les taux de rendement réels lorsque l’on investit dans les marchés. Ces stratégies peuvent être risquées, puisque le domicile est la garantie du prêt et que la valeur des investissements et des logements peut décliner. On ne sait trop si un foyer plus âgé moyen aurait la capacité d’emprunter réellement pour acheter, surtout si l’on considère le faible niveau de littératie financière de la plupart des investisseurs », selon les auteurs de l’étude du Centre de la recherche sur la retraite.

Jason Fitchner signale que le fait de rembourser la dette hypothécaire offre une résilience financière accrue en cas d’urgence.

« Un paiement hypothécaire représente souvent la facture mensuelle la plus élevée qu’on puisse avoir, et ne pas devoir s’en faire pour assurer un paiement hypothécaire à la retraite, surtout quand on a un revenu fixe, apporte une souplesse financière plus importante pour gérer les chocs économiques », explique-t-il.

Source : Finance et investissement, 27 août 2020

Par Gaël Lupien